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Rouge-gorge qui chante la nuit : pourquoi le bruit du jour pèse plus que les réverbères, selon l'étude de Sheffield

Un rouge-gorge chante à 3 heures du matin ? À Sheffield, 121 points mesurés montrent que le bruit de jour compte plus que les lampadaires.

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Rouge-gorge en plein chant sur une grille de jardin, devant une rue urbaine floue avec camionnette et lampadaire

Un rouge-gorge chante sous votre fenêtre à 3 heures du matin et vous regardez le lampadaire d'en face. Mauvaise piste, d'après une étude menée à Sheffield : le bruit de la journée prédit bien mieux ce chant nocturne que l'éclairage de la nuit. Voici comment le vérifier dans votre rue.

En bref

Le chiffre clé : 10 dB d'écart de bruit diurne entre sites à chant nocturne et sites sans.

Le bruit de la journée prédit le chant de nuit

Des chercheurs de l'université de Sheffield ont mis deux explications en concurrence : la lumière des rues et le vacarme urbain. L'étude est signée Richard Fuller, Philip Warren et Kevin Gaston. Elle a paru en 2007 dans la revue Biology Letters.

Le protocole est simple. L'équipe a relevé 121 points répartis dans la ville. Pour chacun, elle a mesuré le niveau de bruit de jour et l'éclairement de nuit. Puis elle a noté si un rouge-gorge y chantait le jour, la nuit, ou pas du tout.

Verdict : c'est le bruit présent dès le matin qui pèse le plus lourd, pas la lumière de la nuit. Les auteurs décrivent des oiseaux très territoriaux, qui comptent sur leur voix pour communiquer. Or le bruit ambiant brouille le signal entre celui qui chante et celui qui écoute. Chanter la nuit, c'est donc se replier sur le seul créneau où la voix porte encore. Le résumé de l'étude parle d'une réduction de l'interférence acoustique.

Dix décibels d'écart, mais moins d'un lux de différence

Les chiffres publiés disent l'essentiel. Comparez les points où des rouges-gorges chantaient de nuit à ceux où ils ne chantaient que le jour.

MesureSites avec chant nocturneSites avec chant diurne seulement
Bruit moyen de jour62,7 dB52,9 dB
Éclairement moyen de nuit2,42 lux1,78 lux

Côté bruit, l'écart avoisine 10 dB. Côté lumière, il reste inférieur à 1 lux. Les intervalles de confiance publiés pour les deux valeurs d'éclairement se chevauchent largement. Les auteurs en concluent que l'effet de la lumière est bien plus faible que celui du bruit diurne.

Un détail frappe. Un seul site a livré des chants de nuit sans aucun chant de jour. Il subissait une circulation constante, avec 69 dB en moyenne en journée. Et parmi les points où un rouge-gorge se faisait entendre le jour, environ 1 sur 4 abritait aussi un chanteur nocturne.

Les lampadaires étaient les suspects idéaux

L'accusation séduit, et les chercheurs le reconnaissent eux-mêmes : on attribue souvent le chant nocturne des oiseaux urbains à la pollution lumineuse. Des travaux plus anciens allaient dans ce sens. Ils avaient montré que des merles d'Amérique lançaient leur chœur de l'aube plus tôt dans les zones très éclairées la nuit.

Il restait pourtant un trou dans la littérature. À la connaissance des auteurs, personne n'avait encore mesuré l'effet du bruit urbain sur le chant de nuit. C'est ce vide que l'étude de Sheffield est venue combler.

En automne, le rouge-gorge défend son territoire à la voix

La saison compte. Le rouge-gorge fait partie des rares oiseaux qui chantent en automne et en hiver. Selon la British Trust for Ornithology, les deux sexes tiennent un territoire d'hiver et chantent pour le défendre.

Ce chant de la mauvaise saison reste moins étudié que celui du printemps. Une étude parue plus tard dans Behavioral Ecology rappelle que, hors reproduction, il aide les oiseaux à sécuriser un territoire pourvu de ressources et d'un abri suffisants. Ses auteurs notent aussi que l'on sait encore peu de choses sur la façon dont le bruit modifie ce chant.

Chez une autre espèce, la logique se retrouve. Un travail publié dans Frontiers in Ecology and Evolution a mesuré chez les mésanges charbonnières un décalage horaire moyen de 22 minutes entre oiseaux urbains et ruraux. Les citadines chantent davantage aux moments les plus calmes de la journée.

Le test à faire dans votre rue, et les limites de l'étude

Si un rouge-gorge chante à 3 heures du matin près de chez vous, posez-vous deux questions simples :

Éteindre le lampadaire d'en face ne réglerait probablement pas grand-chose, vu l'écart de moins de 1 lux relevé à Sheffield. Le plus utile reste d'écouter votre quartier en pleine journée : c'est là que se joue sans doute le concert de la nuit.

Une réserve s'impose. L'étude repose sur une seule ville et sur des corrélations. Personne n'y a coupé le bruit ou la lumière pour voir ce qui change. Elle montre que le bruit prédit le chant nocturne, pas qu'il en est l'unique cause.

Vos questions

Pourquoi un rouge-gorge chante-t-il la nuit en ville ?

D'après l'étude de Sheffield, le bruit diurne explique mieux ce chant que la lumière. Les oiseaux, très territoriaux, dépendent de leur voix, et le bruit ambiant brouille le signal. La nuit devient alors le moment où leur chant porte encore.

Les lampadaires n'ont-ils aucun effet sur le chant des oiseaux ?

Pas si vite. Des travaux antérieurs ont montré que des merles d'Amérique chantaient plus tôt à l'aube dans les zones très éclairées. À Sheffield, l'effet de la lumière sur les rouges-gorges apparaît toutefois bien plus faible que celui du bruit de jour.

Le rouge-gorge chante-t-il aussi en automne et en hiver ?

Oui, c'est l'un des rares oiseaux dans ce cas. Selon la British Trust for Ornithology, mâles et femelles tiennent un territoire d'hiver et chantent pour le défendre.

Sources : sciencepost.fr.